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L'immobilier, ce n'est pas qu'une affaire d'argent.

Une maison, c'est d'abord un coup de coeur. Une histoire. Des espoirs. Des regrets. Des souvenirs.

Pim rend, ici, hommage aux auteurs qui nous le rappellent avec talent.

Si vous souhaitez participer à ce travail de mémoire collective, n'hésitez pas à nous adresser les extraits de textes qui vous ont touché (précisez le nom de l'auteur et de l'oeuvre concernée) .


La Maison paternelle

Depuis que mes cheveux sont blancs, que je suis vieux,
Une fois j'ai revu notre maison rustique,
Et le peuplier long comme un clocher gothique,
Et le petit jardin tout entouré de pieux.

Une part de mon âme est restée en ces lieux
Où ma calme jeunesse a chanté son cantique.
J'ai remué la cendre au fond de l'âtre antique,
Et des souvenirs morts ont jailli radieux.

Mon sans gêne inconnu paraissait malhonnête,
Et les enfants riaient. Nul ne leur avait dit
Que leur humble demeure avait été mon nid.

Et quand je m'éloignai, tournant souvent la tête,
Ils parlèrent très haut, et j'entendis ceci :
- Ce vieux-là, pourquoi donc vient-il pleurer ici ?

(Leon-Pamphile le May, 1837-1918)

Aux frontières du rêve ...

Il y a deux ans, dit-elle, quand je fus si malade, je remarquai que je faisais toutes les nuits le même rêve. Je me promenais dans la campagne ; j'apercevais de loin une maison blanche, basse et longue, qu'entourait un bosquet de tilleuls. (...)

Dans mon rêve, j'étais attirée par cette maison et j'allais vers elle. Une barrière peinte en blanc fermait l'entrée. Ensuite on suivait une allée dont la courbe avait beaucoup de grâce. Cette allée était bordée d'arbres sous lesquels je trouvais les fleurs du printemps : des primevères, des pervenches et des anémones, qui se fanaient dès que je les cueillais. Quand on débouchait de cette allée, on se trouvait à quelques pas de la maison. Devant celle-ci s'étendait une grande pelouse, tondue comme les gazons anglais et presque nue. Seule y courait une bande de fleurs violettes.

La maison, bâtie de pierres blanches, portait un toit d'ardoises. La porte, une porte de chêne clair aux panneaux sculptés, était au sommet d'un petit perron. Je souhaitais visiter cette maison, mais personne ne répondait à mes appels. J'étais profondément désappointée, je sonnais, je criais, et enfin je me réveillais.

Tel était mon rêve, et il se répéta, pendant de longs mois, avec une précision et une fidélité telles que je finis par penser que j'avais certainement, dans mon enfance, vu ce parc et ce château. (...)

Quelques années plus tard, la narratrice découvre par hasard une maison qui correspond très exactement à celle de son rêve. Elle apprend par un vieux domestique que les propriétaires ont fui la maison, car elle était hantée. Comme la visiteuse ne veut pas le croire, le vieil homme précise qu'il a lui-même rencontré le fantôme plusieurs fois, la nuit, dans le parc...

- Quelle histoire ! dis-je en essayant de sourire.
- Une histoire, dit le vieillard d'un air de reproche, dont vous au moins, Madame, ne devriez pas rire, puisque ce fantôme, c'était vous.

("La maison", nouvelle d'André Maurois, 1895-1967)

Le jardin

Le jardin s'accrochait partiellement à la falaise et des essences variées croissaient sur ses parties abruptes, accessibles à la rigueur, mais laissées le plus souvent à l'état de nature.

Il y avait des calaios, dont le feuillage bleu violet par-dessous, est vert tendre et nervuré de blanc à l'extérieur; des ormandes sauvages, aux tiges filiformes, bossuées de nodosités monstrueuses, qui s'épanouissaient en fleurs séches comme des meringues de sang, des touffes de rêviole lustrée gris perle, de longues grappes de garillias crémeux accrochés aux basses branches des araucarias, des sirtes, des mayanges bleues, diverses espèces de bécabunga, dont l'épais tapis vert abritait de petites grenouilles vives, des haies de cormarin, de cannais, des sensiaires, mille fleurs pétulantes ou modestes terrées dans des angles de roc, épandues en rideaux le long des murs du jardin, rampant au sol comme autant d'algues, jaillissant de partout, ou se glissant discrètes autour des barres métalliques de la grille.

Plus haut,le jardin horizontal était divisé en pelouses nourries et fraîches, coupées de sentiers gravelés. Des arbres multiples crevaient le sol de leurs troncs rugueux.

Boris Vian (extrait de "L'arrache-Coeur")

La Maison du bonheur

Elle est, comme autrefois, riante et toute blanche,
La maison où, le soir, nous ramènent nos pas;
Un tilleul argenté l'abrite de sa branche;
Quand nous en approchons, nous nous parlons plus bas.

Sous les franges de lierre et sous le chèvrefeuille
Qui grimpe sous l'auvent et déborde la cour
Son sourire, blotti dans le feuillage, accueille,
A l'heure où le bouvreuil se tait, notre retour...

Il semble qu'en un rêve imprécis on y vive.
Tout en elle est discret, tout en elle est charmant ;
Et sentant que son âme est tranquille et pensive,
Les oiseaux alentour chantent plus doucement.

"La Corbeille d'octobre" (V. Gille)

Notre maison

C'était une grosse et haute construction surmontée d'un clocher. Elle avait, au rez-de-chaussée, les deux salles de classe ; à l'étage, notre logement. Le toit, très incliné, très haut, avait trois lucarnes et trois cheminées, toutes noires au-dessus.

Pour entrer, il fallait traverser une petite cour qu'ombrageaient deux très vieux marronniers. Au printemps, leurs fleurs roses arrivaient presque au niveau de nos fenêtres.

Sur les trois marches de pierre du seuil, le soir, en été, nous venions nous asseoir un moment avant d'aller dormir. La pierre était encore tiède du soleil de la journée.

Devant nous, il y avait la route blanche, le ruisseau; plus loin, le coteau noir, et frôlant sa crête, les étoiles.

On ne disait presque rien, on se reposait. Par moments, le silence était tel que nous entendions le lent tic-tac de la grosse horloge dans le grenier. Les roses du jardin sentaient fort. Bien loin, sans doute dans les prés, des crapauds flûtaient doucement ; et tout près de nous, sur les pierres, le ruisseau promenait son chuchotement mouillé...

"A l'écuelle au chat" (M. Marcillat)

 

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